Un appartement des années 1960 ne se rénove pas comme une maison de la même époque. Les règles techniques sont identiques, mais une partie de l’installation ne vous appartient pas, une autre appartient à toute la copropriété, et vous ne pouvez pas percer un mur porteur comme bon vous semble. Un chantier lancé sans prévenir le syndic peut s’arrêter net dès qu’il touche aux parties communes.
Voici les points que je vous conseille de vérifier avant de faire chiffrer la remise à niveau électrique d’un appartement ancien, et ce que la réglementation impose vraiment.
Où commence votre installation ?
C’est la première question, et elle tranche beaucoup de débats. Le diagnostic électricité, tel que le décrit service-public.fr, porte sur les parties privatives du logement et ses dépendances, en aval de l’appareil général de commande et de protection propre au logement. En clair : tout ce qui se trouve après le disjoncteur de branchement de votre appartement est votre installation. Ce qui se trouve avant relève du réseau ou de l’immeuble.
La colonne montante n’est (en général) plus à la copropriété
La colonne montante distribue l’électricité à chaque étage. Depuis le 24 novembre 2020, en application de la loi ELAN, toutes les colonnes montantes des immeubles collectifs ont été intégrées au réseau public de distribution géré par Enedis, sauf si la copropriété s’y est opposée. Si la colonne de votre immeuble montre des signes de fatigue, c’est donc d’abord vers le syndic, puis le gestionnaire de réseau, qu’il faut se tourner. Pas vers votre électricien. Enedis indique renouveler environ 4 000 colonnes par an, et précise que la prise en charge dépend de qui demande les travaux : à son initiative, il paie ; à la demande d’une copropriété ou d’un client, une partie est refacturée.
La terre, elle, reste souvent un problème d’immeuble
Dans beaucoup d’immeubles anciens, il n’existe pas de conducteur de terre qui monte jusqu’aux appartements. Votre électricien peut poser des prises à trois broches, il ne pourra pas inventer la terre qui manque derrière. Créer une colonne de terre passe par les parties communes, donc par une décision de l’assemblée générale.
En attendant, le minimum à demander est un interrupteur différentiel 30 mA en tête de l’installation. Il ne remplace pas une terre, mais il coupe le courant en cas de fuite vers une personne. Ce que je déconseille fermement, en revanche, ce sont des prises à terre reliées à rien : l’occupant se croit protégé alors qu’il ne l’est pas.
Quand la norme NF C 15-100 s’impose-t-elle ?
Tant que vous ne touchez pas à l’installation, rien ne vous oblige à la remettre à niveau. Trois situations changent la donne.
| Situation | Ce qui est obligatoire | Durée de validité |
|---|---|---|
| Vente, installation de plus de 15 ans | Diagnostic électricité remis à l’acquéreur | Moins de 3 ans à la promesse ou à l’acte |
| Location, installation de plus de 15 ans | Diagnostic électricité joint au bail | Moins de 6 ans à la signature |
| Rénovation partielle | La partie modifiée respecte la NF C 15-100 | Sans objet |
| Rénovation totale avec mise hors tension | Installation conforme et attestation Consuel avant remise en service | Sans objet |
Les durées viennent de la fiche service-public.fr sur le diagnostic électricité. Une attestation de conformité Consuel de moins de 3 ans (vente) ou de moins de 6 ans (location) peut remplacer le diagnostic.
À retenir : le diagnostic informe, il n’oblige pas à faire les travaux. Un rapport chargé d’anomalies n’empêche ni de vendre ni de louer, mais il pèse sur la négociation.
Le cas du bailleur
Pour un propriétaire qui loue, il y a une exigence de plus. Les critères du logement décent, rappelés par service-public.fr, imposent que les réseaux et branchements d’électricité soient conformes aux normes de sécurité et en bon état d’usage. Le réseau doit aussi permettre d’éclairer toutes les pièces et de faire fonctionner les appareils ménagers courants. Un locataire qui vit avec trois multiprises en cascade dans la cuisine peut s’appuyer sur ce texte.
Le bailleur qui fait réaliser le diagnostic par une personne non certifiée s’expose à une amende de 1 500 €, portée à 3 000 € en cas de récidive.
Les six points du diagnostic
Le diagnostic électricité contrôle l’appareil général de commande et son accessibilité, la présence d’au moins un différentiel adapté à la mise à la terre, la protection de chaque circuit contre les surintensités selon la section des fils, la liaison équipotentielle et l’installation de la salle de bain, les matériels inadaptés ou présentant des risques de contact direct, et les conducteurs non protégés mécaniquement.
Dans un appartement ancien, deux points méritent une attention particulière : la terre, pour les raisons vues plus haut, et la salle de bain. Pour cette dernière, tout est expliqué dans notre guide norme électrique de la salle de bain : volumes et équipements.
Faire les travaux en copropriété
Les règles techniques ne changent pas, l’organisation si.
Les murs. Dans la plupart des règlements de copropriété, les murs porteurs et les planchers sont des parties communes. Une saignée profonde dans un mur porteur ou un percement de dalle demande l’accord de l’assemblée générale. C’est souvent ce qui pousse à passer en apparent, sous moulures ou plinthes techniques, ou à réutiliser les anciennes gaines quand elles sont continues.
Le bruit et les horaires. Le règlement fixe parfois des créneaux pour les travaux bruyants. Le perforateur à 8 h un samedi, c’est le meilleur moyen de se fâcher avec l’étage.
La coupure. Si la rénovation est totale et que le gestionnaire de réseau doit mettre l’installation hors tension, il faudra l’attestation Consuel avant la remise en service. Depuis le 1er janvier 2025, le Consuel transmet directement l’attestation validée au gestionnaire de réseau, selon Promotelec. Prévoyez quand même quelques jours entre la fin du chantier et le retour du courant.
Combien ça coûte
Pour un appartement de 60 m², une mise en sécurité (tableau neuf, différentiels, remplacement des prises, liaison équipotentielle de la salle de bain) se situe le plus souvent entre 2 500 et 3 000 €. Une rénovation complète en encastré se compte plutôt en 80 à 120 €/m², en apparent entre 50 et 80 €/m². Les travaux sont facturés avec une TVA à 10 % dans un logement achevé depuis plus de deux ans.
Les écarts entre devis viennent rarement du matériel. Ils viennent du périmètre : un artisan chiffre ce que vous avez demandé, un autre chiffre tout l’appartement. Avant de comparer, vérifiez que les deux devis couvrent les mêmes circuits.
Mon conseil
Commencez par un diagnostic, même si vous ne vendez pas : quelques centaines d’euros pour savoir exactement où vous en êtes. Puis parlez de la terre au syndic avant de lancer quoi que ce soit, parce que c’est le seul point que vous ne réglerez pas seul. Le reste, tableau, circuits et salle de bain, se traite en une fois.
Pour les règles détaillées de la norme dans l’ancien, lisez ce que la NF C 15-100 exige vraiment. Pour le déroulé d’un chantier complet, notre guide sur la rénovation électrique d’une maison ancienne s’applique aussi à l’appartement, tableau et budget compris.
