Avant de penser au carrelage d’une salle de bain, je vous conseille de regarder une chose : où se trouve la prise du sèche-cheveux par rapport à la douche. C’est souvent elle qui pose problème, parce qu’on l’a posée là où c’était pratique, sans savoir qu’à 40 cm du receveur elle n’a rien à faire.
La salle de bain est la pièce où la norme NF C 15-100 est la plus précise, et sa version de 2024 n’a pas assoupli les règles qui la concernent. Elle découpe l’espace en volumes, et chaque volume limite ce qu’on a le droit d’y mettre. Voici ce que j’en retiens après lecture de la norme et des fiches techniques, avec les sources officielles quand il y en a.
Ce que la norme appelle « salle de bain »
Pour la NF C 15-100, il s’agit de tout local contenant une baignoire ou une douche. Une salle d’eau de 3 m² est donc concernée au même titre qu’une grande salle de bain. D’après la fiche technique de Promotelec, le local est délimité par ses murs, ou par des cloisons fixes à condition qu’elles montent sur toute la hauteur. Une paroi de douche amovible, ou une paroi qui s’arrête à mi-hauteur, ne délimite rien.
Conséquence pratique : si votre salle de bain ouvre sur la chambre sans cloison complète, les volumes peuvent déborder dans la chambre. Dans une suite parentale ouverte, une prise de chevet peut se retrouver en volume 2.
Les volumes
Avec une baignoire ou un receveur de douche
| Volume | Où il se trouve | Ce qui est autorisé |
|---|---|---|
| Volume 0 | L’intérieur de la baignoire ou du receveur | Uniquement du matériel en très basse tension de sécurité (TBTS), 12 V au plus, indice IPX7 |
| Volume 1 | Au-dessus de la baignoire ou du receveur, jusqu’à 2,25 m du sol fini | Matériel en TBTS 12 V au plus, indice IPX4 (IPX5 si jets d’eau) |
| Volume 2 | Une bande de 60 cm autour du volume 1, sur la même hauteur | Matériel de classe II protégé contre les projections (IPX4) : luminaires, sèche-serviettes. Aucune prise de courant classique |
| Volume caché | Le dessous accessible de la baignoire ou du receveur | Règles propres, à voir avec l’électricien |
| Hors volume | Le reste de la pièce | Prises avec terre et appareils courants, sous différentiel 30 mA |
Ces règles reprennent la fiche grand public de Promotelec sur les normes électriques de la salle de bains. Un matériel posé à cheval sur deux volumes doit respecter les exigences du plus contraignant des deux.
Avec une douche à l’italienne
C’est le cas qui piège le plus de monde, parce qu’il n’y a plus de bord de receveur pour servir de repère. La norme prend alors comme point de référence la pomme de douche fixe, ou le point de raccordement du flexible pour une douchette. Le volume 1 devient un cylindre de 1,20 m de rayon autour de ce point. Le volume 0 se limite aux 10 premiers centimètres au-dessus du fond de la douche. Le volume 2 ajoute toujours 60 cm autour du volume 1.
Faites le calcul : 1,20 m plus 60 cm, cela fait 1,80 m depuis la pomme de douche. Dans une salle d’eau de 2 m de large, il ne reste presque rien hors volume. D’où mon conseil sur ce type de projet : tracez les volumes au sol avec l’électricien avant de choisir l’emplacement du meuble vasque.
S’il y a plusieurs douchettes ou une douche de tête plus une douchette, on superpose les volumes 1 de chacune.
Les prises de courant : la vraie question
La règle est simple : pas de socle de prise de courant classique dans les volumes 0, 1 et 2. Promotelec résume la consigne en demandant de placer les prises à plus de 60 cm d’un point d’eau. Autour du lavabo, une prise est possible dès lors qu’elle est hors volume.
Deux exceptions existent dans le volume 2. La prise rasoir, alimentée par un transformateur de séparation, y est admise. Et une armoire de toilette de classe II peut y être posée avec une prise intégrée, à condition que la partie qui porte la prise se trouve hors volume.
Mon conseil : prévoyez une prise hors volume à hauteur du miroir pour le sèche-cheveux et la brosse à dents. C’est celle qu’on oublie, puis qu’on remplace par une rallonge.
Éclairage, sèche-serviettes, machine à laver
L’éclairage. Dans le volume 2, les luminaires doivent être de classe II et au moins IP44. Promotelec recommande IP65 pour ce qu’on pose dans le volume 1, où seule la TBTS 12 V est admise. Les spots encastrés au-dessus d’une douche fonctionnent donc avec un transformateur, placé hors volume.
Le sèche-serviettes. Hors volume, un appareil de classe I raccordé à la terre est accepté. S’il est installé dans le volume 2, il doit être de classe II et IPX4. Sur les petites salles d’eau, c’est souvent la seule place possible, et cela conditionne le choix du modèle.
La machine à laver. Elle peut rejoindre la salle de bain, mais hors des volumes 0, 1, 2 et du volume caché, reliée à la terre, sur un circuit protégé par un différentiel 30 mA.
Le chauffe-eau. Le plus simple est de le placer hors volumes. Si la configuration de la pièce ne le permet pas, c’est à l’électricien de vérifier ce que la norme admet pour votre cas précis.
Câbles, différentiel et liaison équipotentielle
Trois règles invisibles comptent autant que l’emplacement des prises.
D’abord, tous les circuits de la salle de bain doivent être protégés par un dispositif différentiel 30 mA. Ensuite, le passage des câbles suit lui aussi les volumes : aucune canalisation dans le volume 0, sauf pour alimenter un matériel en TBTS (12 V en alternatif, 30 V en continu). Dans les volumes 1 et 2, on ne passe que les câbles nécessaires aux appareils qui s’y trouvent, avec une isolation équivalente à la classe II.
Enfin, la liaison équipotentielle supplémentaire (LES). Elle relie entre eux les éléments conducteurs de la pièce : canalisations métalliques, huisseries métalliques, corps de baignoire en acier ou en fonte. La norme prévoit trois façons de la réaliser : un raccordement direct au tableau, une boîte de connexion dans la pièce ou dans un local voisin, ou un mélange des deux. C’est un oubli classique en rénovation, parce qu’on remplace une baignoire en fonte par un receveur en résine et qu’on considère que le problème a disparu avec elle. Les tuyaux en cuivre, eux, sont toujours là.
Et si la salle de bain existe déjà ?
Rien ne vous oblige à reprendre une salle de bain existante tant que vous n’y touchez pas. Mais si vous la rénovez, la partie refaite doit respecter la norme. Et lors d’une vente ou d’une location, le diagnostic électricité contrôle expressément la présence d’une liaison équipotentielle et d’une installation adaptée aux locaux contenant une baignoire ou une douche, comme le rappelle service-public.fr.
Sur un chantier de salle de bain complet, l’électricien intervient après le plombier et avant l’étanchéité et le carrelage. L’ordre complet des étapes figure dans notre guide rénovation de salle de bain : budget, étapes et erreurs, et la partie évacuations dans celui sur la plomberie d’une salle d’eau.
Mon avis tranché
Une salle de bain conforme ne coûte presque rien de plus si on y pense au moment du plan. Déplacer une prise après la pose du carrelage oblige à casser des carreaux qu’on ne retrouve pas toujours dans la même série. Ce qui coûte cher, c’est de découvrir après le carrelage que la prise est en volume 2 ou que la liaison équipotentielle n’a jamais été faite. Dessinez les volumes sur le plan, faites-les valider par l’électricien, puis choisissez le mobilier. Jamais l’inverse.
Si le reste de la maison n’a jamais été repris, profitez du chantier pour faire le point avec notre guide sur la rénovation électrique d’une maison ancienne, et sur ce que la NF C 15-100 exige vraiment dans l’ancien.

